


La baie de Somme en hiver: l'espace, le silence, des instants fugaces et des lumières magiques. Une ambiance de bout du monde. Une plage déserte, sans fin, du sable couleur grège, une bande de ciel bleu tendre sous une masse immobile de nuages violacés, soulignés de reflets mordorés. Seule l'eau bouge, avec la marée descendante qui vide l'estuaire vers la mer. Nul être vivant à l'horizon, sinon les goélands et la colonie de phoques gris et de veaux de mer, qui flemmardent sur les îlots au milieu du courant.
Et puis ce débouché soudain, au sortir d'une forêt de pins enveloppée de brume, sur l'anse Bidard baignée par un tiède soleil d'hiver, avec ses dunes piquetées de bouquets verts d'oyats et, au-delà du cordon dunaire, sa plage. Immense et déserte, large, longue, droite comme une règle, sans une construction.
Le Marquenterre, c'est la quintessence de la baie. Quelque 3000 hectares de réserve naturelle, à cheval entre terre et mer.
Une quarantaine d'espèces s'y partagent prairies et marais d'eau douce, roselières et dunes couvertes d'argousiers et de sureaux.
Pendant l'hiver, on entend jusqu'au frôlement d'ailes d'un cygne qui passe. Un nuage blanc et noir aux contours mouvants se forme au-dessus d'un plan d'eau: des milliers de vanneaux huppés et de pluviers dorés s'envolent, sans doute effrayés par un rapace.
Les oies cendrées au bec et aux pattes orange voisinent avec les sarcelles et les foulques noires, les cigognes et les rares spatules blanches qui se toilettent mutuellement comme des chevaux au pré, les canards de toutes les catégories: colverts, mais aussi canards siffleurs à la tête rousse et au petit bec bleu, fuligules morillons à l'oeil jaune.
JEAN-LOUIS ANDREANI
Le Monde, le 15 décembre 2007.
(L'article n'a pas été copié dans son intégralité)
Les bonnes adresses:
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire